La Película n°8: Filmer en noir et blanc

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Filmer en noir et blanc


La présence de six longs-métrages en noir et blanc réalisés en 2015 attire notre attention. Les réalisateurs nous ont donné quelques explications.
Dans leurs projets initiaux, tous les films ont été pensés en noir et blanc ; ils se démarquent ainsi d’une représentation jugée touristique de paysages aux vives couleurs, archétype des zones tropicales. Choix essentiel pour Paz Fábrega, Viaje : « Le film porte sur les personnages et le noir et blanc dévoile les visages et les expressions. »
Cette esthétique permet une démarche cohérente avec le propos des réalisateurs. Les espaces urbains deviennent un décor qui, détaché de la réalité, suscite un sentiment d’étrangeté, « que les personnages peuvent occuper comme des projections d’eux-mêmes » (Juan Sebastián Quebrada, Días extraños). Dans des sites clos, la lumière éclaire les expressions des visages, dans la continuité des films psychologiques minimalistes (La Luz incidente, Ariel Rotter). Associé aux mélodrames mexicains des années 1940 et 1950, La Calle de la amargura joue avec des personnages en demi-teinte (Arturo Ripstein).
Les images donnent aux corps « des textures jouant sur toutes sortes de combinaisons ». Ainsi « le noir et blanc est l’idéal. Le cinéma est une esthétique impliquée. Elle n’est pas apolitique. Le noir et blanc permet de représenter de manière digne des situations économiques compliquées pour les gens ». (Ángela Osorio Rojas, Siembra)
L’Étreinte du serpent (Ciro Guerra) respecte une logique historique : « Je souhaitais dans le film explorer une forêt telle que les explorateurs de l'époque la percevaient. »
Dans leurs diversités, ces quelques films s’inscrivent dans des perspectives prometteuses pour une exploration des possibles cinématographiques latinoaméricains.
M-F.G.

 


La Película n°8 - Vendredi 18 mars 2016 : Voir / Télécharger le PDF

La Película 2016