Si vos besoins primaires étaient drastiquement mis à mal, quel serait votre comportement ? La
faim justifie-t-elle les moyens ? Mariana Rondón signe avec Zafari une satire sociale sur fond de
lutte des classes. L’asphyxie lente des personnages s’installe au sein d’une végétation luxuriante
et d’un environnement sonore magnifiquement travaillé. Autour d’une piscine creusée bordée de
palmiers, la détérioration du mode de vie s’accroît : la contrebande de nourriture se met en place,
l’électricité fonctionne sporadiquement, moult appartements sont déjà délaissés.
Le récit se fait peu à peu confus, comme si l’état des personnages (qui ont faim et soif !) le guidait,
créant une osmose entre fond et forme. L’atmosphère inusitée émanant de Zafari est due à la
dualité entre le manque drastique en eau, et son omniprésence : l’hippopotame, héros éponyme,
baigne dans un bassin rempli. La piscine est pleine à ras bord et bat son plein, du moins dans la
première partie de l’œuvre. Une fuite d’eau surgit dans un appartement inoccupé. Les douches
sont rêvées. En bref, l’eau est partout à l’image, pourtant son absence obsède…
Dans une situation politique que l’on imagine très dégradée, le couple aisé d’Ana et Edgar occupe
un riche appartement (une idylle architecturale rappelant Le Corbusier) mais ne peut subvenir à
ses besoins primaires. Ils ont faim, comme tout le monde…
Zafari appartient-il au genre de la dystopie, ou est-ce une réalité déjà avancée ?
Thaïs Rabay-Tual