Compétition Documentaire 2017

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Découvrez les 7 documentaires choisis en compétition pour la 29e édition de Cinélatino !

 

 

BAÑO DE VIDA / Bain de viE


De Dalia Reyes (2016, Mexique, 1h07)

Confidences à trois voix dans un établissement de bains publics. Au milieu des buées se révèlent des personnalités : l’employé de toujours, une balayeuse de rues et une mère de famille, toutes deux clientes de longue date. Peu à peu, les protagonistes dessinent leur monde que le milieu vaporeux rend assez fantomatique, mais qui se précise, comme les gouttes qui se concentrent et finissent par trouver la force de couler. La caméra délicate nous promène le long des corps abandonnés aux nuages tièdes, odalisques de tous âges et de tous sexes, dans une sorte d’égalité heureuse où ce qui règne dans la rue, différences d’âge, de fortune, de genre… est aboli. Les rêves perdus, les coups tordus de la vie, les cruelles déconvenues sont effacés par les volutes moites et les massages. Ce lieu public devient le centre de l’intimité joyeuse et pure, seul endroit où règne le plaisir de se sentir vivant.

 

 

 

 

EL CHARRO DE TOLUQUILLA / Le baron de Toluquilla


De José Villalobos (2016, Mexique, 1h30) 

Entre les concerts qui s'enchainent, sa fille, sa jument, sa compagne et future épouse et ses multiples maîtresses, « el Charro » de Toluquilla est un mariachi qui vit sa vie à cent à l'heure. Mais depuis quelques temps, son corps est moins fringant : Jaime est séropositif. La maladie et ses symptômes n'affectent pourtant ni son enthousiasme, ni son train de vie, pas vraiment conforme aux prescriptions médicales.
Archétype du macho mexicain, avec ce qu'il faut d'alcool, de sexe et de pistolet, le personnage est terriblement attachant. Entre humour et tendresse, porté par une musique folklorique irrésistible et une esthétique haute en couleur, le film, qui flirte joyeusement avec la fiction, nous invite à soulever délicatement le voile d'excentricité de ce fanfaron pour découvrir, derrière le masque, un homme effrayé par la mort en marche.
 

 

 

EL PACTO DE ADRIANA / Le pacte d'Adriana


De Lissette Orozco (2017, Chili, 1h36)

Enfant, Lissette voit en sa tante Adriana, émancipée du giron familial, la figure féminine mystérieuse, libre et indépendante. Plus tard, elle découvre que sa tante aurait pactisé avec le diable : Adriana Rivas est poursuivie pour actes de tortures dans le cadre de son emploi pendant la dictature de Pinochet.
Tiraillée entre sa quête de vérité et l'admiration fantasmatique qu'elle voue à sa tante, Lissette décide d'utiliser la caméra comme intercesseur capable de la délier de sa trouble obsession. Toutes ses conversations avec sa tante ou au sujet de sa tante sont désormais filmées et confrontées à un entrelacs de documents et de témoignages. La réalisatrice pénètre peu à peu dans le délire de déni d’Adriana et de son impossible existence.
Le dispositif brut de ce documentaire révèle la vie traumatique post-dictature là où l’on ne l’attend pas.
 

 

 

 

HISTÓRIAS QUE NOSSO CINEMA (NÃO) CONTAVA / Des histoires que notre cinéma  (ne) racontait 


De Fernanda Pessoa (2017, Brésil, 1h20)

À la fin des années 1970, en pleine dictature militaire, un genre cinématographique populaire prend des orientations inattendues : le « pornochanchada » devient un canal critique de la société de terreur politique et économique qui s'installe au Brésil. À travers des comédies érotiques qui échappent à la censure, les relations impitoyables de l'entreprise, la misogynie forcenée, le racisme et la violence politique sont passées au filtre de l'humour grivois.

Le documentaire est une farandole d'extraits qui se répondent les uns aux autres et montrent à quel point le spectre de la critique est large : ironique, mais jamais frontale, elle s'en prend à toutes les entraves sociales et joue avec les stéréotypes. Ce montage rétrospectif, énergique et mordant, donne du relief à des productions totalement oubliées qui se pensaient plus irrévérencieuses que subversives. Une partie de plaisir... sensorielle et mentale.

 

 

 

 

JERICÓ EL INFINITO VUELO DE LOS DÍAS / Jéricho, le vol infini des jours


De Catalina Mesa (2016, Colombie, 1h18)
Dans le splendide village de Jericó au cœur de la Vallée du café en Colombie, de vieilles dames, souvent pleines d'allégresse et toujours battantes, content leurs histoires d’amour et de famille : rêves réalisés ou inaccomplis de filles et de femmes, espoirs et déboires de mères et de compagnes. En remontant progressivement les pentes du village, les souvenirs, joyeux ou tristes, sont égrenés avec humour et un sens du décalage qui semble caractériser les habitantes du lieu. Personnages hauts en couleur, à la personnalité forte et sensible à la fois, ces femmes irradient l'écran de leur rire et de leur mélancolie. Partie pour recueillir le portrait de sa grand-tante qui vivait à Jericho, la réalisatrice a su capter la confiance des autres villageoises et nous transporter dans le tréfonds de leurs pensées. Au cœur de leur univers domestique chatoyant et bariolé, chacune démêle le sens de sa vie.
 

 

 

 

 

 

LOS NIÑOS / Les enfants


De Maite Alberdi (2017, Chili, 1h22) 

Ils ont quarante ans et ils passent encore leur vie à l'école. Maïté Alberdi a investi les lieux d'une institution accueillant des adultes trisomiques afin qu'ils délivrent eux-mêmes le récit et les enjeux de leurs vies : leurs rêves et leurs joies, leurs relations et leurs conflits,les faibles perspectives qui leurs sont offertes, l'infantilisation qu'ils ou elles subissent, et, en même temps, leur extrême fragilité sentimentale. Jamais facile d’entrer dans l’intimité quotidienne, encore moins lorsque les personnes sont atteintes d'un handicap stigmatisé. Mais un regard bienveillant change tout. Tendresse, humour et délicatesse enveloppent ce film : des personnages attachants, une caméra idéalement discrète et jamais voyeuse, d'une qualité humaine extraordinaire. Tout est là pour un moment de réflexion sensible et lucide sur un sujet périlleux.

 

 

 

 

 

 

 

 

SEXO, PREGAÇÕES E POLITICA / Sexe, prêches et politique


De Aude Chevalier-Beaume et Michael Gimenez (2016, Brésil, 1h10)

Qui a tué Jandira, morte dans une clinique lors d'un avortement ? Dans un Brésil actuel,très loin des images classiques de liberté et de frivolité sexuelles, le film est une immersion dans les accointances écrasantes et omniprésentes qu'entretiennent milieux politiques et religieux. Sans concession, on assiste, souvent effrayé, à la montée en puissance des discours misogynes, homophobes et racistes au plus haut niveau de l’état et en étroite relation avec l'ascension fulgurante des évangélistes : la lutte des collectifs de défense des libertés civiles versus l’arrogance des autorités brésiliennes ; le pouvoir des télé-évangélistes versus la force de résistance de la rue. Une alerte plus que nécessaire sur les affres qui traversent aujourd'hui la société brésilienne. Film coup de poing marqué par l'urgence de la situation.